The Flower Kings, longévité et ouverture d’esprit

4 mars 2026

Catégorie Le Journal de Nicolas Houle
Types Nouvelle
Écrit par : Alain Brunet

The Flower Kings, longévité et ouverture d’esprit

Publié initialement par PAN M 360

Parmi les chouchous du rock scandinave au Québec, The Flower Kings demeurent dans le peloton de tête. Pour le vendredi 13 mars, date de l’escale, il est facile de prévoir un Palais Montcalm bien garni pour y accueillir le quintette suédois, précédé du multi-instrumentiste et chanteur californien Neal Morse, ce dernier lié à cette mouvance prog qui fédère tant de fans québécois.

Pour cette occasion qui s’annonce très spéciale chez les fans de Québec, PAN M 360 a été mis en relation avec le leader, guitariste et chanteur des Flower Kings. Roine Stolt a été joint chez lui à Uppsala, municipalité située à 60km de Stockholm, là où est né et où habite toujours ce musicien de 69 ans… qui n’a que faire des étiquettes stylistiques qu’on tente de lui coller. À lire !

PAN M 360 : Nous connaissons les Flower Kings depuis longtemps. Vous avez 14 albums studio, 5 enregistrements publics. Donc c’est une énorme contribution dans la mouvance prog ou même jazz-rock.

Roine Stolt : Je pense que le rock progressif n’est pas nécessairement la bonne expression pour nous désigner… C’est rock, mais pour le reste, je ne sais pas toujours comment en dire davantage. Dans mon esprit, quand les gens parlent du rock progressif, vous commencez à penser à King Crimson, Yes, des groupes de ce type ou même de Frank Zappa. En tout cas, je ne suis pas allé en musique pour y jouer du rock progressif. J’y suis allé pour jouer la musique que j’aimais. J’aime King Crimson, mais j’aime aussi ABBA, The Beatles, Elton John, la pop. Enfin, toutes les bonnes musiques me conviennent.

PAN M 360 : Pas de souci, on ne trébuche pas dans les fleurs du tapis. Parlons plutôt de Love, votre plus récent album de 12 chansons. Love, ça a quelque chose à voir avec la conjoncture actuelle? Ou cela fait-il référence à ce qui s’est passé dans votre vie ?

Roine Stolt : Pour de nombreuses raisons, en fait. Je dirais que ce n’est pas exactement un Love romantique, si vous comprenez ce que je veux dire. C’est plutôt l’amour que nous ressentons pour la planète, pour nos enfants, pour notre animal de compagnie. C’est le point de départ pour ça. Comme le disaient Burt Bacharach et Hal David, ce dont le monde a besoin maintenant, c’est de l’amour, What the World Needs Now Is Love… sweet love. Je pense que c’était le bon moment pour intituler un album Love. Et j’ai une bonne idée pour le titre du prochain album. Ça sera probablement le début d’une trilogie.

PAN M 360 : Mais encore?

Roine Stolt : D’ordinaire, je ne suis pas vraiment enclin au concept, mais à mon âge, on pense beaucoup. On se réveille tôt le matin, le cerveau commence à tourner, à imaginer ce qu’on vivra aujourd’hui, à son travail au studio, à sa famille, aux nouvelles, à l’état du monde, tout ça. C’est pourquoi le texte d’une chanson devient plus important, enfin beaucoup plus que lorsque j’ai fondé ce groupe il y a 35 ans. La musique était alors le point principal. C’est un développement personnel. Bien sûr, la musique a changé aussi.

PAN M 360 : De quelle façon ?

Roine Stolt : Je pense notamment aux solos de guitare qui me semblaient très cool. Je me demande aujourd’hui si une nouvelle chanson a vraiment besoin d’un solo de guitare.

PAN M 360 : Vous avez une approche space rock avec la guitare, les solos ne sont jamais chargés, pas de motifs super complexes, pas de rapidité extrême, pas de shredding. La musicalité l’emporte sur la performance technique.

Roine Stolt : Oui, et pour ma part, le point de départ était probablement le blues. J’étais alors très influencé par B.B. King, Dwayne Allman et particulièrement Jimi Hendrix. Je me considérais d’abord comme un joueur de blues, mais avec des ambitions orchestrales.

PAN M 360 : Parfois, la guitare jouée dans The Flower Kings se rapproche du space rock à la David Gilmour (Pink Floyd).

Roine Stolt : Il a eu probablement le même point de départ. La mélodie et le tone de la guitare plutôt qu’un jeu compliqué. Ce choix, en ce qui me concerne, ne signifie pas que j’aime exclusivement cette esthétique. J’aime aussi les guitaristes comme Allan Holdsworth, qui fut une grande influence. Mais je n’ai jamais essayé de jouer comme lui, il était unique, mais il jouait au-delà de mes capacités techniques.

PAN M 350 : On peut comprendre, Holdsworth (1946-2017) fut l’un des plus grands de cette génération. Et votre chemin est différent du sien, car vous êtes davantage auteur, compositeur, concepteur orchestral.

Roine Stolt : Oui et je reste ouvert. Je crois toujours que mon type de guitare peut s’adapter au concept de musique progressive, space rock ou rock orchestral. Au sein des Flower Kings, il y a toujours de l’improvisation du côté des guitares et des claviers.

PAN M 360 : Comment, au fait, avez-vous réussi à maintenir le noyau des Flower Kings pendant si longtemps? Vous avez dû exercer une sorte de magnétisme avec vos amis pour maintenir cette famille unie, n’est-ce pas?

Roine Stolt : Oui, probablement. C’est probablement plus facile de voir cela de l’extérieur, mais c’est probablement vrai. Nous avons encore le sentiment d’apprendre et d’évoluer, même si nous sommes tous vieux.

PAN M 360 : Qu’avez-vous appris récemment? Pour vous en tout cas, l’esthétique l’emporte sur la technique.

Roine Stolt : Oui, effectivement. J’ai passé un peu plus de temps à réfléchir aux arrangements et à la réalisation des chansons. Je réfléchis comme s’il s’agissait d’œuvres orchestrales, avec des cordes, des bois, des cuivres, des percussions. Il y a sur scène de la guitare, des claviers, de la basse, du chant, de la trompette. Les arrangements orchestraux se trouvent aussi dans les claviers. J’ose croire que nous sommes différents des autres groupes avec notre approche orchestrale.

PAN M 360 : On pourrait qualifier votre approche de « rock de chambre ».

Roine Stolt : Oui, c’est vrai, cela peut être une bonne façon d’expliquer ce que nous faisons.

PAN M 360 : Cela vous arrive-t-il d’inviter des sections supplémentaires, un quatuor à cordes, par exemple?

Roine Stolt : Non. Toutefois, je peux dire que c’est un rêve que j’ai eu à un moment de ma vie. Je pense encore que ça serait vraiment sympa de faire quelque chose du genre.

PAN M 360 : Vous avez joué de nombreuses fois en Amérique du Nord, au Canada, et au Québec, qui est un marché idéal pour votre genre de musique. Car nous sommes des gens du Nord comme vous l’êtes. On peut même suggérer que les mouvances prog rock, space rock ou autres extrapolations ont toujours bien fonctionné dans les contrées nordiques, en Scandinavie comme au Canada.

Roine Stolt : C’est vrai. Je pense que même des groupes comme Genesis, Gentle Giant, King Crimson, Emerson Lake & Palmer ou le groupe canadien Rush ont soulevé beaucoup d’intérêt chez vous comme chez nous. La première fois que nous avons tourné en Amérique du Nord, nous nous sommes produits à Québec, dans un lieu appelé le D’Auteuil. J’y ai même joué à Québec avec les groupes Kaipa et Agents of Mercy. Quant aux Flower Kings, ils sont venus plusieurs fois au Québec. Nous y sommes venus il n’y a pas très longtemps, je m’y suis aussi produit en tant que bassiste au sein du groupe de Steve Hackett.

PAN M 360 : Jouerez-vous à Québec un mélange de tous vos succès précédents ou des chansons qui ont plu à votre public ?

Roine Stolt : Nous jouerons plusieurs titres de l’album Love. Parce que nous en aimons les chansons et nous aimons les jouer. Vous savez, c’est un défi que d’apprendre de nouvelles chansons. Bien sûr, nous en ferons quelques-unes jouées il y a longtemps, cela pourrait remonter jusqu’à l’album Stardust We Are. Mais nous n’allons pas strictement nous en tenir aux succès.

PAN M 360 : Il existe toujours une tension entre ce que les artistes veulent exprimer de neuf et les attentes de leur public.

Roine Stolt : Oui, d’ailleurs, j’écoute actuellement beaucoup de folk européen, du Nord, mais aussi des régions méditerranéennes. De la musique pour accordéon, pour violon… À mon sens, l’évolution se poursuit. J’ai mis beaucoup de temps pour développer ces musiques, je mets encore du temps pour formuler musicalement ce que j’aime aujourd’hui.