Les confessions de Madame Belley

8 septembre 2022

Catégorie Le Journal de Nicolas Houle
Types Nouvelle
Écrit par : Palais Montcalm – Maison de la musique

Les confessions de Madame Belley

« Il y en a qui trouvent ça fou un peu, mais c’est mon goût », tranchait Henriette Belley, la plus colorée des spectatrices de l’histoire de Québec, à propos de son habitude de revêtir des tenues extravagantes les soirs de premières. Durant une rare entrevue qu’a obtenue le Palais Montcalm, et à laquelle le grand public a désormais accès, celle qui était couturière et cartomancienne parle de ses œuvres vestimentaires, partage ses opinions sur certains artistes et traite même de ses détracteurs.

De toute évidence, l’enregistrement remonte à l’été 1971 et a été capté à la demeure de Mme Belley, au 559, rue Saint-Gabriel, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste. Le journaliste et animateur Gaston L’Heureux (Les Coqueluches, Avis de recherche), de même que le peintre Denys Morisset, avaient rejoint la petite femme, dont les créations étaient alors sur le point de faire l’objet d’une exposition au Musée national des beaux-arts du Québec (alors le Musée du Québec).

Henriette Belley (1905-1980) y dévoile quand elle a commencé à s’intéresser à la couture – dès l’âge de 12 ans – et tous les efforts qu’elle met dans ses « toilettes », dont elle n’est pas peu fière et qu’elle ne porte jamais plus d’une fois. « Jamais je ne me suis achetée une robe faite, toute ma vie j’ai fait mes créations », précise-t-elle.

Comme elle avait beaucoup de tenues et n’avait pas l’occasion de les porter en public, elle a décidé de commencer à les mettre pour aller à des spectacles, à la fin des années 60.

Durant l’entretien, Mme Belley définit ce qu’est un bon spectacle et évoque ses compositeurs favoris, dont Beethoven : « La terre peut trembler, n’importe quoi, je suis au septième ciel [quand je l’écoute]! » Elle se prononce aussi sur les artistes québécois, notamment Charlebois, un jeune « qu’elle a bien aimé »! Elle raconte cependant que certains se sont moqués d’elles. C’est le cas de Dominique Michel et de Denise Filiatrault. Jean-Pierre Ferland, lui, après avoir fait de même lors d’un passage, s’est excusé par la suite et a fait amende honorable.

C’est grâce à Pierre Bernier, gardien des archives du peintre Denys Morisset, que le Palais Montcalm a mis la main sur cette rare bande sonore – nous l’en remercions chaleureusement. Aussi spectaculaire qu’elle ait été, Mme Belley n’avait en effet pas laissé beaucoup d’archives audiovisuelles derrière elle, ce qui fait de cette bande un document précieux.

Rappelons que le Palais Montcalm a décidé de nommer sa nouvelle salle Chez Madame Belley en l’honneur de cette spectatrice pas comme les autres. Ce lieu, consacré principalement aux artistes émergents, a été inauguré en décembre 2021.